Lundi 31 juillet 2023

Pandemie : sans enquete independante, le Canada est condamnee a repeter ses erreurs


Malgré les 53 000 deces causes par la COVID 19, le Canada n a pas l intention de mener une enquete independante et publique sur la reponse pandemique. Il s agit d une enorme erreur, estiment des experts de 13 etablissements canadiens dans une serie d articles publies lundi dans le British Medical Journal (Nouvelle fenetre).

Apres trois ans de pandemie, quelle a ete la performance du Canada dans sa lutte contre la COVID 19 Combien de vies ont ete perdues a cause de systemes de sante dysfonctionnels  Quelles interventions ont fonctionne et lesquelles ont echoue Le Canada est-il mieux prepare pour une prochaine urgence sanitaire

Sans enquete independante, impossible de le dire avec certitude, estiment ces experts dans cette analyse critique. C est une erreur. Il y a des lecons a tirer de la reponse du Canada a la COVID-19.

C est l occasion de reflechir avec humilite a ce que nous avons fait.  Nous devons definitivement celebrer les bonnes actions et les garder en tete pour l avenir, mais il faut aussi comprendre ce qu on doit mieux faire la prochaine fois, dit Sharon Straus, geriatre et epidemiologiste clinique du Departement de medecine de l Universite de Toronto, et coautrice de l analyse.

 

Si le Canada n a pas, pour l instant, l intention de tenir une enquete independante, le pays l avait pourtant fait lors de la pandemie de SRAS CoV 1 en 2003, tiennent a rappeler les auteurs.

Des experts independants avaient alors durement critique les diverses instances de sante au Canada. Ils avaient notamment evoque des relations dysfonctionnelles entre les autorites sanitaires et un manque de partage de donnees epidemiologiques.

Ces critiques ont mene a des reformes et a la creation de l Agence de la sante publique du Canada. Ces actions auraient du permettre au Canada de bien reagir a la pandemie de COVID 19, ecrivent les auteurs.

Mais les recommandations ont ete ignorees et continuent de l etre, deplorent les auteurs.

Si nous avions une autre pandemie demain matin, ce serait vraiment le jour de la marmotte…

Une citation deDr Samir Sinha
Nous avons beaucoup appris, ajoute le Dr Sinha, directeur du Departement de geriatrie a Mount Sinai a Toronto. Nous savons ce que nous devons faire. Mais pourquoi n y a t il pas de volonte politique de ne pas reproduire ces memes tragedies  Lorsqu on n apprend pas de ses erreurs, on est condamne a les repeter.

 

Si la Dre Straus souhaite que le gouvernement tienne une enquete publique, elle ne veut pas des rapports qui soient relegues aux oubliettes. Nous voulons qu une enquete mene a l adoption d une approche pancanadienne de la sante, avec des normes nationales. Cela va necessiter des changements majeurs.

Les autorites federales ont indique a CBC que le gouvernement etait determine a reviser la reponse a la pandemie de COVID 19 pour en tirer de lecons qui guideront toute reponse a une future urgence sanitaire.

Pas de strategie commune
La pandemie de COVID 19 a surtout expose a quel point le systeme de sante au Canada est fragmente et desorganise, ecrivent les auteurs.

Les autorites provinciales et federales ont trop souvent pris des decisions contradictoires et relaye des conseils incoherents.

Bien que l Agence de la sante publique du Canada ait fourni des directives nationales sur plusieurs elements, comme le port du masque ou la vaccination, l agence n a pas le pouvoir d ordonner aux provinces et aux territoires de les mettre en œuvre.

Ainsi, chaque province ou territoire a elabore ses propres interventions, interdictions et plans de vaccination, ce qui a seme la confusion aupres du public. Il etait ainsi difficile pour les autorites d expliquer la logique de leurs decisions. Ces incoherences ont contribue a la perte de confiance et a la mefiance du public envers les autorités sanitaires au fil du temps, peut-on lire dans l analyse.

Outre cette desorganisation au niveau national, les auteurs critiquent vigoureusement l acces inadequat aux donnees. Au debut de la pandemie, l Agence de la sante du Canada n avait pas signe d accord avec toutes les provinces et territoires pour la collecte et le partage des donnees. De plus, chaque province utilisait ses propres chercheurs pour mener, chacun de son cote, des synthese de connaissances.

Les auteurs estiment par ailleurs que la mise en œuvre des interventions est devenue trop politisee.

Sans enquete independante et sans reformes du systeme de sante, il sera difficile de retablir la confiance du public et cette desorganisation se maintiendra, estiment ils.

 

Une reponse inequitable
Malgre un systeme de sante universel, de nombreux Canadiens de communautes marginalisees communautes ethniques, migrants, travailleurs essentiels) ont ete frappes tres durement.

Les auteurs precisent qu en regle generale, les personnes vulnerables sur le plan socioeconomique ont connu un taux de deces de COVID 19 deux a quatre fois plus eleve.

Les personnes habitant et travaillant dans les residences de soins de longue duree ont egalement ete parmi les plus touchees.

Les residents de centres de soin de longue duree representaient 3 pourcent des cas de COVID 19 au Canada en 2021, mais representaient environ 43 pourcent des deces.

En fait, le nombre de deces dans les residences pour aines est une honte nationale, selon ces experts, qui ajoutent que de nombreux rapports avaient souleve de grandes lacunes dans ces etablissements bien avant la pandemie.

 

Sur le plan international, les experts affirment que le Canada a contribue au haut taux de mortalite en ne partageant pas les vaccins.

Les experts estiment qu un million de vies auraient pu etre sauvees a travers le monde si les pays riches, comme le Canada, avaient mieux partage les vaccins contre la COVID 19.

Le comportement du Canada a ete reprehensible, affirment les auteurs. Malgre les promesses d Ottawa de faire preuve de solidarite mondiale, le Canada a gaspille et jete des millions de doses du vaccin.

Ils rappellent qu en decembre 2020, Ottawa avait achete 429 millions de doses du vaccin, soit assez pour fournir 11 doses a chaque Canadien. Les auteurs soulignent qu a ce moment, l incertitude regnait encore quant au nombre de doses qui seraient necessaires.

Mais rapidement, il est devenu manifeste que le Canada s etait procure beaucoup trop de doses. A la fin de 2022, le Canada avait administre a ses habitants environ 96 millions de doses. Moins de 29 millions de doses ont ete envoyees dans des pays moins nantis, dont 17 millions de doses du vaccin AstraZeneca, un vaccin qui n etait plus recommande par les autorites canadiennes.

Et meme si Ottawa a offert, en surplus, des millions de dollars en aide aux pays pour acheter des vaccins, ces pays n ont jamais pu en acheter parce que trop de pays, comme le Canada, avaient monopolise le marche.

Avec 83 pourcent de la population qui a recu au moins une dose, le Canada est l un des pays qui comportent le plus de personnes vaccinees a l echelle mondiale.

Une reflexion mondiale
Plusieurs pays ont lance des enquetes independantes sur la reponse pandemique du gouvernement, dont le Royaume Uni.

Deja, l enquete revele que ce pays s etait prepare a une pandemie de grippe, mais pas a d autres virus, et qu il n avait pas pris en compte l experience de pays asiatiques. De plus, les autorites n avaient jamais envisage d avoir a imposer et a gerer un confinement en cas de pandemie ou d urgence sanitaire. Enfin, le systeme de sante avait ete considerablement affaibli par des compressions budgetaires au cours des dernieres annees.

Pour sa part, l Organisation mondiale de la sante est en train de negocier un accord international sur la prevention et la preparation des pandemies.

Nous avons besoin d'un engagement generationnel pour ne pas se retrouver dans une nouvelle phase de panique et de negligence, a recemment declare le president de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.